Le Syndicat des Copropriétaires

Les parties communes et les parties privatives

Balcons, fenêtres, canalisations, jardins à jouissance exclusive : la frontière entre parties communes et privatives détermine qui décide, qui paie et qui répare. Ce que disent les articles 2 et 3 de la loi de 1965, et le règlement de votre immeuble.

Prince Foutika Par Prince Foutika
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Sommaire
  1. Ce que disent les articles 2 et 3 de la loi de 1965
  2. Fenêtres, balcons, canalisations : les zones grises classiques
  3. Parties communes spéciales et jouissance privative : deux statuts à part
  4. Travaux privatifs touchant les communs : l'autorisation d'assemblée générale
  5. Les litiges fréquents, et comment les régler
  6. L'essentiel à retenir

Qui doit payer la réfection d'un balcon ? Peut-on repeindre ses volets en bleu ? À qui appartient la canalisation qui traverse la cave ? Toutes ces questions reviennent à une seule distinction, posée par la loi du 10 juillet 1965 : parties communes ou parties privatives. C'est elle qui détermine qui décide, qui paie et qui répare.

Voici comment la loi trace la frontière, ce que recouvrent les notions de parties communes « spéciales » et « à jouissance privative », et comment gérer les travaux et litiges qui se jouent précisément sur cette ligne.

Ce que disent les articles 2 et 3 de la loi de 1965

L'article 2 définit les parties privatives : celles réservées à l'usage exclusif d'un copropriétaire déterminé, dont il a la propriété exclusive. L'article 3 définit les parties communes : celles affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux.

Premier réflexe : lire le règlement de copropriété, car c'est lui qui qualifie chaque élément de l'immeuble. Ce n'est que dans son silence que jouent les présomptions de l'article 3 :

Présumées communes Généralement privatives
Le sol, les cours, les jardins, les voies d'accès L'intérieur de l'appartement et ses cloisons non porteuses
Le gros œuvre, les façades, la toiture Les portes intérieures, les revêtements de sol et muraux
Les escaliers, couloirs, locaux communs, ascenseur Les équipements individuels (chaudière propre au lot, sanitaires)
Les canalisations et gaines communes Les parties de canalisations intérieures au lot et à son usage exclusif

Fenêtres, balcons, canalisations : les zones grises classiques

Les litiges naissent rarement sur l'évidence, mais sur les éléments hybrides :

  • fenêtres et volets : privatifs dans la plupart des règlements, mais leur aspect participe de l'harmonie de la façade : en changer la couleur ou le matériau suppose une autorisation d'assemblée générale ;
  • balcons et terrasses : la dalle et les garde-corps relèvent le plus souvent du gros œuvre, donc des parties communes, tandis que l'usage et l'étanchéité de surface sont privatifs, d'où des chantiers au financement mixte, détaillés dans notre article sur la réfection des balcons en copropriété ;
  • canalisations : communes jusqu'au point où elles ne desservent plus qu'un seul lot. Cette frontière détermine qui prend en charge une fuite, un enjeu récurrent des dégâts des eaux en copropriété.

Parties communes spéciales et jouissance privative : deux statuts à part

L'ordonnance du 30 octobre 2019 a inscrit dans la loi deux notions que la pratique connaissait déjà, à condition qu'elles soient stipulées dans le règlement :

  • les parties communes spéciales (article 6-2) : affectées à l'usage de certains copropriétaires seulement (l'escalier du bâtiment B, l'ascenseur d'une cage). Elles génèrent des charges spéciales, et seuls les copropriétaires concernés votent les décisions qui s'y rapportent ;
  • le droit de jouissance privative sur une partie commune (article 6-3) : un jardin, une terrasse ou une cour dont un lot a l'usage exclusif. La partie reste commune, le bénéficiaire n'en est pas propriétaire, mais il en assume l'entretien courant.

⚠️ Attention

Jouissance privative ne veut pas dire propriété : le bénéficiaire d'un jardin à jouissance exclusive ne peut ni y construire un abri ou une véranda, ni l'aménager de façon irréversible sans autorisation de l'assemblée générale. À l'achat, vérifiez dans le règlement si la « terrasse » annoncée est une partie privative ou une simple jouissance : la valeur et les droits ne sont pas les mêmes.

Travaux privatifs touchant les communs : l'autorisation d'assemblée générale

Tout copropriétaire qui souhaite réaliser, à ses frais, des travaux affectant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble (percer un mur porteur, créer une ouverture, poser une climatisation en façade, annexer un bout de couloir) doit obtenir l'autorisation de l'assemblée générale à la majorité de l'article 25, comme le rappelle notre guide des majorités de vote en AG.

La demande s'inscrit à l'ordre du jour par lettre recommandée adressée au syndic, accompagnée d'un dossier précis (plans, descriptif, attestation d'assurance de l'entreprise) joint à la convocation. Ces travaux individuels ne doivent pas être confondus avec les travaux collectifs votés en assemblée générale, financés par tous.

Sans autorisation, la sanction est lourde : le syndicat peut exiger la remise en état aux frais du copropriétaire, même des années après, et une régularisation a posteriori n'est jamais garantie. Sans compter le blocage quasi certain au moment de revendre le lot.

Les litiges fréquents, et comment les régler

Annexion discrète d'un palier ou de combles, climatiseur ou parabole en façade, jardin à jouissance privative transformé en dépôt, stationnement gênant sur les voies communes, contestation de la répartition des charges entre parties communes générales et spéciales : le contentieux de la frontière commun/privatif est le plus nourri de la copropriété.

La méthode de résolution est toujours la même : relire le règlement et l'état descriptif de division (la réponse y figure neuf fois sur dix), faire constater et écrire par le syndic, tenter une solution amiable, et ne saisir le tribunal qu'en dernier recours. Pour l'étape amiable, notre article sur les conflits en copropriété et leurs méthodes de résolution détaille médiation et conciliation.

L'essentiel à retenir

La frontière entre parties communes et privatives est fixée d'abord par le règlement de copropriété, à défaut par les présomptions de l'article 3. Les statuts intermédiaires, parties communes spéciales ou jouissance privative, doivent y être expressément stipulés, et tout travail privatif touchant les communs exige un vote à l'article 25. Un syndic rigoureux sur ces questions prévient l'essentiel des litiges : si le vôtre laisse faire, comparez les syndics disponibles pour votre immeuble.

Vos questions sur le sujet

Un balcon est-il une partie commune ou privative ?

Le plus souvent, la dalle et les garde-corps relèvent du gros œuvre, donc des parties communes, tandis que l'usage du balcon est privatif. C'est le règlement de copropriété qui tranche : lisez-le avant d'engager le moindre chantier ou de contester une répartition de travaux.

Puis-je fermer ou couvrir ma terrasse à jouissance privative ?

Non, pas sans autorisation de l'assemblée générale : la terrasse reste une partie commune et toute construction (véranda, pergola fixe) affecte les parties communes et l'aspect extérieur de l'immeuble. Une fermeture réalisée sans vote peut entraîner une remise en état à vos frais.

Qui paie l'entretien d'un jardin à jouissance privative ?

L'entretien courant (tonte, taille, propreté) incombe au copropriétaire qui en a la jouissance. Les grosses réparations touchant à la structure, comme l'étanchéité ou les clôtures relevant du gros œuvre, restent à la charge du syndicat, car le jardin demeure une partie commune.

Que risque un copropriétaire qui fait des travaux sans autorisation ?

Le syndicat peut exiger en justice la remise en état des lieux à ses frais, même plusieurs années après les travaux. S'y ajoutent un blocage quasi certain lors de la revente du lot et l'impossibilité de garantir une régularisation a posteriori par l'assemblée.

Prince Foutika
Prince Foutika
Expert copropriété

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